Georges Sand à Saint Lazare

  • Lettres d’un voyageur de George Sand – E.d Garnier, Paris 1837, pp 102-103 sur la visite du monastère San Lazzaro des Mekhitaristes à Venise :

    Nous arrivâmes à l’ile de Saint Lazare, où nous avions une visite à faire aux moines arméniens. Le frère Hiéronyme, avec sa longue barbe blanche surmontée d’une moustache noire et sa figure si belle et si douce au premier coup d’oeil, vient nous recevoir. Avec une infatigable complaisance de vanité monacale, il nous promena de l’ imprimerie de l’imprimerie à la bibliothèque et du cabinet de physique au jardin. Il nous montra ses momies, ses manuscrits arabes, le livre imprimé en vingt-quatre langues langues sous sa direction, ses papyrus égyptiens et ses peintures chinoises. Il parla espagnol avec Beppa, italien avec le docteur, français avec moi ; et chaque fois que nous faisons compliment sur son immense savoir, son regard, plein de ce mélange d’hypocrisie et d’ingénuité qui est particulier aux physionomies orientales semblait dire : « S’ il ne m’était pas commandé d’être humble, je vous ferai voir que j’en sais bien d’avantage. »

    Apostrophant ce moine polyglotte, George Sand exprime sa sympathie pour le peuple arménien tout entier dont elle évoque les misères avec une intense émotion :
    Vous avez bien assez travaillé, vous avez bien assez souffert en ce monde, vieux débris du plus ancien peuple de la terre ! vos barbes blanches sont encore tachées du sang de vos frères, et la neige du mont Ararat en a été rougie jusqu’à la cime où s’arreta l’arche sainte. Le cimeterre turc a rasé vos têtes jusqu’aux os, et l’infidèle s’est baigné la cheville dans les pleurs des derniers enfants de Japhet. La méfiance, qui plisse parfois vos fronts sereins, est le cachet qu’y a laissé la persécution.
  • Extraits cités dans le livre d’ Edmond Khayadjian, Archag Tchobanian et le mouvement arménophile en France, Editions SIGEST 2001, p.93 & 94.